UN CERTAIN CINEMA

[CRITIQUE] Killers of the Flower Moon, de Martin Scorsese (2023)

Que se passe-t-il lorsque l’Amérique Sauvage reste dans l’ADN de la civilisation américaine ?

Killers of the Flower Moon est un film crucial du cinéma Scorsese, mais aussi ce que cela raconte des États Unis D’Amérique. Les événements se passent en 1917. Nous suivons le jeune Ernest Burkhart rentrant de la guerre chez son oncle Mister Hale, qui lui imposera de se marier avec Mollie, interprétée par Lily Gladstone, héritière de sang pur d’un terrain plein de pétrole. De ce fait, le jeune Ernest va s’éprendre de la demoiselle. Mais derrière ce faux mariage se cache un véritable drame concocté par le grand homme blanc.

Il est fort intéressant de prendre en compte le contexte historique de l’époque. Les Osages, tribu qui a survécu aux nombreuses attaques de l’armée américaine, ont eu la chance de s’établir dans des territoires pétroliers, ce qui leur a permis de faire fortune.

Dès lors, Martin Scorsese veut nous montrer que ce pétrole est plus dangereux qu’il n’y parait, qu’il sera la raison des meurtres de ses propriétaires. Cela dénatura leur culture, petit à petit, et les Osages rentreront dans les traditions de la haute bourgeoisie américaine afin de se faire accepter, chose sur laquelle le réalisateur insiste.

Mais en réalité, ce parasitage a un double sens. Elle remplace leur spiritualité et leurs traditions, certes présente dans le film mais de façon limitée pour laisser la porte d’entrée ouverte au grand méchant coyote qui s’introduit petit à petit, membre par membre, dans la tribu afin de les faire disparaître. Voilà l’un des grands dangers que Scorsese veut présenter : la cupidité des hommes. Il arrive à l’accentuer graduellement par ces mariages organisés où nous remarquons des personnes blanches se rajouter petit à petit à chaque cérémonie. Tous ces procédés auxquels Ernest va participer dans le film en accoutumant à la culture de la famille de Lily, en parlant leur langue, mais sans pour autant en oublier sa mission de base : prendre ces terres.

Derrière cette infiltration arrive enfin le coup de grâce : la violence. Pour rappel nous sommes à la fin de la « Wilderness » Américaine mais avant d’arriver à l’époque des gangsters américain qui représentent encore une part de violence liée non pas à la survie, mais à la cupidité.

Ce film en fait la transition par le biais du personnage de Hale, montré comme celui ayant la main basse sur la ville et la justice, mais aussi les transactions économiques. Lui et son organisme parviennent à devenir les vrais Maîtres de Fairfax, et non pas les Osages. Par sa scène d’introduction, il présente la ville de Fairfax et ses habitants Osages en les montrant comme des gens importants et richissimes. Ce n’est qu’un leurre car celui qui contrôle tout cela est bien le « grand homme blanc ».

Et pour ce film, qui permet la transition au-delà de cet espèce d’organisme que Hale arrive à gérer, c’est aussi cette violence qui est banalisée et normalisée dans la ville. Les meurtres des Osage ne sont pas présentés comme quelque chose de grave aux yeux de la population de la ville, sauf pour les Osage qui tente de survivre. Un véritable massacre caché et organisé par Hale, joué par De Niro qui, à travers sa longue carrière auprès de Scorsese, nous revient en force, en mentor du jeune Dicaprio.

Mais le côté le plus impactant de ce film, dans la filmographie de l’archiviste, est qu’il s’agit d’une œuvre avec des aspects assez testamentaires, comme The Irishman, ce dernier questionnant la fin des gangsters. Mais dans celui-là, il aborde la fin de l’Ouest tel que nous le connaissons, passant ainsi avec une photographie de plus en plus terne et une industrialisation de plus en plus présente. Finies les vallées vertes, les banlieues américaines se développent de plus en plus, terminées les courses de chevaux, nous passons à la voiture. Le chaînon manquant que le réalisateur avait besoin pour ce qu’il voulait raconter de l’Amérique.

Dans Killers of The Flower Moon, nous ne pouvons survivre au poison de l’hégémonie américaine.

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