« Il n’y a pas de plus profonde solitude que celle du samouraï. Si ce n’est celle d’un tigre dans la jungle… Peut-être… » – Le Bushido.
C’est par cette citation que Jean-Pierre Melville ouvrait son grand film noir, à savoir Le Samouraï. Et c’est de cette racine que David Fincher se prend pour son film sorti sur Netflix, The Killer.
Ouvrant comme le film de Melville, The Killer nous raconte les mésaventures dans les quatre coins du monde d’un tueur professionnel. Dans cette envie de nous faire entrer dans la psyché du tueur, Fincher use d’un rythme assez lent, voulant créer une ambiance melvillienne durant sa première mission à Paris.
Son cinéma nous montre encore une fois des personnages obsédés et névrosés. Il décide de nous mettre dans la psyché du tueur en utilisant une voix off. Fassbender reprend les codes de jeu d’un Delon, très minimaliste et très froid. The Killer avait tout pour être un grand film, pourtant il rate le coche.
La voix off devient de plus en plus lourde et très peu subtile par rapport à ce que le spectateur peut attendre de cet archétype de personnage. Il en devient même à questionner la mise en scène du film. On ne le dira jamais assez : Fincher est très heureux chez Netflix et son étroite collaboration avec vient de montrer la limite de son travail en plate-forme.
La narration du film et son rythme ressemblent à ceux d’une série télévisée. Que ce soit le chapitrage ou son générique, nous avons l’impression d’avoir la forme d’une mini-série qui se donne l’air d’être un film de cinéma.
Cela est de plus impacter par la mise en scène de Fincher totalement épurée et manquant clairement d’idées pour se renouveler. Qui, rappelez-vous, est à l’origine du style de travail photographique que Netflix a repris dans toutes ses productions originales, que ce soit dans House of Cards ou Mindhunter.
Très décevant de la part d’un auteur considéré pour certains comme le mouton noir des studios, il se retrouve dans une situation où il se fait avaler par le système qu’il avait fui.
En voulant contrecarrer les Majors avec les plate-formes, Fincher n’est malheureusement plus un tigre dans une jungle, mais fait partie de la jungle elle-même. Néanmoins, posons-nous une question : est-ce que travailler avec une plate-forme revient à une vraie liberté créative ou à son illusion ?