UN CERTAIN CINEMA

[CRITIQUE] Harakiri, de Masaki Kobayashi (1962)

Dans un premier temps, le titre renvoie à une pratique des samouraïs et des hommes d’honneurs japonais. La cruauté de ce jidai-geki, se situant dans l’ère d’Edo (période de l’histoire du Japon qui commence vers 1600 et se termine vers 1868), et du cinéma japonais en général est utile et sert à mettre en accusation sa société. Kobayashi s’attaque à la confiance en un gouvernement, le système de celui-ci ainsi que les personnes qui dirigent à travers cette époque. 

Il dénonce le côté hiérarchique et pyramidale du corps social de cette ère. Il ne pointe pas de « méchant » en particulier, ici le monstre est l’état féodal. Symbolisé par le premier plan focalisé sur une armure vide du clan ii (clan japonais dont les membres occupaient d’importantes fonctions auprès du shogun, général en chef des armées au Japon, du XIIe siècle au XIXe siècle), il montre quelque chose qui semble fort et en fait la figuration de l’état féodal, c’est-à-dire une force colossale vide de toute humanité.

Un homme est au commencement du film, contraint de se faire harakiri. C’est en la figure de Tetsuro Tanba (joue le rôle de celui qui doit porter le coup de grâce après que l’homme se soit éventré) que Kobayashi désigne l’état féodal comme quelque chose d’atroce. Dans la mesure où, à cette époque, ils avaient fini par perdre l’esprit et ne même plus comprendre le pourquoi du comment au sens de cette pratique. Selon le réalisateur , ce qu’il y a de pire réside non pas dans la cruauté de l’homme, mais dans ce que celui-ci arrive à créer en termes de structure politique, et finit par le déborder complètement jusqu’à être dénué de toute humanité. Ces gens sont figés dans un état féodal auquel ils répondent de manière automatique en ayant oublié le sens premier de ses règles.

Lors d’une séquence, un homme écrit dans un livre le compte-rendu de la journée écrite par le clan ii. Le cinéaste va désigner la façon dont la fiction humaine s’oppose à l’histoire officielle. L’histoire va effacer la révolte de cette personne par sa condition de pauvre et par les ravages causés. Tout ce qui sera noté est que ce jour-là, deux personnes ont eu recours au sacrifice du harakiri. Encore une fois, le cinéaste traduit l’expression de l’abomination de ce système qui fait tout pour remettre les choses à leurs places. Personne ne se souviendra de ce qui s’est réellement passé, l’Histoire n’emportera pas de traces. L’humanité n’a aucun sens par rapport à la sécurité et la tranquillité de cette société.

Le metteur en scène ne représente pas cet état de manière archétypal mais fait constamment marcher le film sur un plan politique, social et humaniste. Il situe de plus son film dans un Japon où l’état féodal est à son maximum d’autoritarisme ; tout est tellement bien réglé qu’il n’y a plus de guerres ni d’affrontements. Tout est pacifié. Cette ère de paix est abominable tant elle est aliénante dans les règles fondamentales de la féodalité. Le peuple vit en fonction de principes absolument inhumains auxquels il se plie. Ce qui est dépeint dans ce film est un régime tellement aliénant que la paix est pire que la guerre. Tous ses personnages sont les rouages servant à mettre en accusation la féodalité, cette machine qui broie les hommes.

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