UN CERTAIN CINEMA

[CRITIQUE] Body Double, de Brian De Palma (1984)

Télescope sur L.A :


La première chose qui frappe de manière directe et frontale quand on regarde un film de De Palma, ce sont ses références et son inspiration au maître du suspense Alfred Hitchcock. Ici, il s’approprie Fenêtre sur Cour et Sueurs Froides, en passant par Pyschose. Ce qui fait sa force et le rend intéressant, c’est d’en faire une œuvre tout à fait personnelle en ne se contentant pas simplement de recracher ses bases, De Palma réinvente la grammaire cinématographique du récit en emmenant et manipulant le spectateur dans des chemins tout à fait singulier, où le vrai et le faux seront en permanence remis en question, jusqu’à inclure un clip musical au milieu du métrage, en preuve d’un renouvellement perpétuel. Le synopsis présenté a été bref pour une raison, par son audace narrative, Body Double à cette qualité qu’il est assez indescriptible et que les images deviennent donc indispensable pour la compréhension de l’œuvre, démonstration puissante de la pellicule faite par le réalisateur pour affirmer l’unicité du 7ème art.
L’atmosphère kitsch des US 80’s pourrait en refroidir quelques-uns, mais elle n’a pour moi jamais été autant justifiée dans le sens où les aspects parfois grossiers (l’indien/agresseur cliché, le sang rouge vermillon, les baisers circulaires ou le filtre lumineux sur la femme désirée) enrobent tout le côté tantôt fantasmé, tantôt onirique du film. Fantasme voulu et assumé par De Palma dans une volonté, au-delà de sublimer le corps féminin, de nous faire presque implicitement assisté au propre tournage même du film qu’on est en train de voir, de signifier que le spectateur voit un film. Idée logiquement incarnée par le personnage de Jake (héros) qui représente le spectateur de cinéma sous deux perspectives : à la fois le voyeurisme et l’impuissance face à ce quoi le public voit, en position donc de témoin. Pour prolonger et illustrer par l’exemple sur cette dimension « fantasme » omniprésente ; lors d’une scène tournée pour une boîte de production pour adultes, le protagoniste aura recours à l’image de la femme aimée, à son obsession pour arriver à conclure l’acte.

Les faux-semblants règnent en maître et le choix du titre Body Double n’est pas anodin puisque du début à la fin, à peu près tout le monde se révélera autre que présenté initialement. Le split screen qui est une caractéristique du style du metteur en scène, sera en effet dans le cas présent non pas dans l’écran mais au sein même des personnages. Thématique du double magnifiée et conclue par le génial générique de fin, qui montre une scène de douche nécessitant une doublure. Le film a son lot de séquences brillantes de tension, De Palma s’assurant en digne successeur d’Hitchcock, par le biais de la longueur, de la claustrophobie de son personnage principal, ou encore par le silence, pour un temps, notamment dans le labyrinthique voire hypnotique centre commercial. C’est un cinéaste qui, effectivement par les choix qu’il fait expliqué plus haut, n’a cessé d’interroger le rapport de ces spectateurs à l’image et de se réinventer film après film.


Brian De Palma livre avec Body Double une lettre d’amour sulfureuse au cinéma pour notre plus grande admiration.

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