UN CERTAIN CINEMA

Bien que le premier film de Celine Song, Past Lives, ait été nominé dans cinq catégories aux prochains Golden Globes, ses perspectives de succès semblent très limitées face à l’indétrônable Anatomie d’une Chute de Justine Triet dans la catégorie du meilleur film dramatique.

Nora Moon, encore jeune fille, émigre de Corée du Sud vers l’Amérique avec ses parents. Elle abandonne ainsi ses racines et perd contact avec Hae Sung son amour de jeunesse. Deux décennies plus tard Hae Sung réapparaît soudainement sur les réseaux sociaux. Mariée, Nora vie alors à New York avec son mari. Elle est ainsi confrontée à un dilemme du passé qui la force à revisiter des choix cruciaux et à réévaluer son présent. Entre mémoire et nouvel horizon, le destin de Nora s’entremêle dans un récit poignant de perte, de retrouvailles et de redécouverte de soi.

Past Lives émane d’une comédie romantique intime, prenant racine dans l’histoire personnelle de la réalisatrice. En effet, tout comme Nora, la réalisatrice a émigré de Corée du Sud vers les États-Unis, a changé de nom et a vécu une rencontre avec un Américain. Bien que cette première esquisse soit intrigante et riche, Celine Song décide d’ajouter une touche piquante en introduisant l’idée d’un amour de jeunesse perdu et oublié dans son pays d’origine, qui, deux décennies plus tard, réapparaît pour retrouver sa bien-aimée à la manière d’un prince charmant. Cependant, ce rajout bascule rapidement dans une histoire à l’eau de rose.

Le scénario s’appuie sur une philosophie de vie asiatique appelée le Inyeon. Cette philosophie postule que des personnes qui ont compté dans nos vies se retrouvent dans nos autres vies à venir, ce qui confère au récit une dimension poétique intrigante. Bien que l’idée selon laquelle chacun est destiné à se croiser de manière perpétuelle à travers le temps et le monde soit séduisante, le concept de Inyeon semble être qu’une mince façade bien trop fragile. En effet, ce concept est insuffisamment développé et dépourvu d’une exploration plus approfondie de son aspect mystique et poétique. Elle n’est pas suffisamment intégrée dans le récit pour immerger pleinement le spectateur dans l’histoire, ce qui constitue une regrettable lacune.

Si Past Lives ne vaut pas pour son récit, il vaut bien pour sa photographie. Le chef opérateur du film, Shabier Kirchner, signe une image travaillée et inspirée qui offre un plaisir visuel inouï. De la Corée du Sud à New-York, les paysages capturés révèlent une maîtrise artistique réussie, transportant le spectateur à travers des décors à la fois vibrants et évocateurs. La palette visuelle soigneusement composée par Shabier Kirchner sert non seulement à renforcer l’esthétique du film, mais également à transcender les limites du récit. Les magnifiques plans compensant ainsi, dans une large mesure, les défauts narratifs de l’histoire.

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