Je ne suis pas un adepte du cinéma de Ferreri, ni un grand admirateur. Cependant celui-ci m’a plutôt plu. Ferreri garde son côté absurde, oublie les trop grosses bouffonneries, mais assume un même concept jusqu’au bout en lui donnant un sens. Là où j’ai un peu de mal avec La Grande Bouffe par exemple, c’est que je n’y crois pas, alors que je le devrais. Tout est faux et rien ne me fait croire en ce que je vois.
Piccoli est l’unique acteur principal du film et il est en roue libre totale. Pas sûr qu’il soit énormément dirigé. Le fait qu’il soit seul dans des espaces plutôt ouverts avec des plans assez statiques qui durent assez longtemps, invitent le spectateur à se joindre au vide. Ce n’est pas forcément beau, c’est « normal », juste un décor vide, la maison, dénué de toute âme particulière ? Qu’aurions-nous fait à sa place ? Que faire quand il n’y a rien à faire ? Le vide existentiel est représenté avec brio, et est bien évidemment lié à la bourgeoisie. Un thème très italien donc. Cet homme est aliéné, détruit par cette société de consommation.
C’est merveilleux de simple évidence, comme dirait Godard. Le film nous rappelle Jeanne Dielman par la banalité des situations qui se déroulent sous nos yeux, sauf qu’ici on est chez Ferreri, donc une touche de bizarrerie y est ajoutée. Quelque chose est déréglé dans notre réalité, mais quoi ?
Cet homme regarde la TV, cuisine, regarde des films, mais pourquoi réagit-il ainsi d’une manière si expressive et peu réelle ? On ne sait pas, mais le Geste vient unifier la réalité et le surréalisme. La parole est abandonnée, tout passe par la gestuelle.
Certains moments sont calmes, dans d’autres la folie prend le dessus, on est constamment dans cet entre-deux. Les moments de silence sont souvent interrompus par des musiques, parfois extra, parfois intra diégétiques, qui viennent créer un décalage entre les différents degrés de réalité.
Le film est assez drôle, même si le côté extrêmement froid nous pousse à prendre du recul sur le fond comique de l’œuvre.
Le film est sorti en 1969, donc bien ancré dans son époque notamment avec la libération sexuelle et la recherche d’émancipation qu’elle a suscité.
Le film s’apparenterait à un palimpseste du Mépris. Ici tout est détruit, effacé, il ne reste plus que des souvenirs.
Bon film expérimental, bien supérieur au Themroc avec Piccoli, qui pour le coup ne disait rien, malgré un concept qui pouvait s’y rapprocher.
Pour moi la fin est mauvaise et vient casser toute la subtilité du film, là, le réalisme ne cohabite plus avec l’absurde. Ferreri refait du Ferreri, et ça ne m’intéresse plus.
Je n’oublierai tout de même pas ce voyage étrange, drôle, décomplexé et dérangé.