Metin Erksan fait partie des grands réalisateurs du Moyen-Orient inconnus en Occident. Considéré comme l’un des pionniers du cinéma turc, il aura illuminé un pays d’une cinématographie sans égale pendant plusieurs décennies.
Le film du jour est à mes yeux son chef d’œuvre, le film qui a élevé son cinéma, forçant la comparaison avec de nombreux génies du cinéma.
Un peintre en bâtiment se rend chez une cliente et tombe éperdument amoureux d’une photo d’elle. Il revient dans la maison tous les jours, dévorant quotidiennement la photo du regard. La propriétaire reviendra et découvrira que cet homme habite sa maison.
Time to Love est un questionnement profond sur le fait d’aimer. Halil, interprété par Müsfik Kenter, se refuse l’amour véritable. Il crée une suffisance au beau, se refusant tout plaisir charnel avec Meral, incarné avec brio par Sema Özcan. Elle est amoureuse d’Halil, elle essaye de le comprendre et de le faire tomber amoureux d’elle. Pourquoi préférer une image figée à une personne physique ? Le film aborde cette question et Halil y répond à sa manière. Pour lui l’image fixe est infinie, tandis que l’amour portée à une personne ne l’est pas, il s’essouffle et se brise, la passion ne dure qu’un temps.
Time to Love est une œuvre sur l’usure, Halil cèdera-t-il à la promesse d’amour éternel de Sema ? Tandis que les éléments semblent se confondre, que cette pluie torrentielle s’abat sur cette île semblant renforcer la naissance d’un tragique, le possible et l’impossible ne font qu’un. Les doutes et les incertitudes deviennent intrications émotionnelles, où les sentiments unilatéraux dominent chaque scène.
Le film évoque aussi la question du regard et du voyeurisme, rappelant par la même occasion Blow Up. Les plans très picturaux qui captent toute la complexité de cette relation sont d’une photogénie sans tabou, n’hésitant pas à rendre le spectateur complice des événements qui tendent vers un avenir sombre inéluctable.
Chaque scène dure, venant s’éterniser dans le but de créer l’étirement du temps. Le postulat préétabli n’est qu’un prétexte à laisser errer les personnages, ils rôdent dans de grands espaces tel un film d’Antonioni, l’immensité de la nature les surveille, semblant les prévenir d’un danger latent. Les espaces s’effacent progressivement dans le cadre venant séparer ou réunir les personnages en fonction du stade de création de cet amour.
En parallèle, un homme jaloux pensant que Halil et Meral forment un couple. Il est bien plus ancré dans le réel, dans le sens où ses questionnements n’ont aucune dimension profonde. Il constate ce que ses yeux lui dictent, n’ayant pas développé de philosophie de vie. L’évocation de l’union d’un homme et d’une femme suffit à confirmer ses suppositions sur la nature de leur relation. Il finira par donner une résolution tragique au film, les signes le laissaient présager, et allégoriquement elle est la vision nihiliste de l’auteur sur ce qu’on appelle l’amour.
Halil n’aurait pas du donner de chance à l’amour physique, il n’est que destruction.
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