UN CERTAIN CINEMA

[CRITIQUE] Fedora, de Billy Wilder (1978)

C’est lorsque le réalisateur Sydney Pollack l’a invité à l’avant-première de Bobby Deerfield (1977), que Wilder découvre Marthe Keller, qu’il choisira pour le rôle principal de son dernier grand film : Fedora. Chicago Reader le décrit comme une méditation sur la célébrité et la vanité, tandis que Time Out le trouve honteusement sous-estimé. 

Fedora est considéré comme un complément à Boulevard du Crépuscule, traitant de la vie d’une actrice refusant le déclin de la célébrité. L’histoire est également racontée par l’intermédiaire d’un personne incarné par William Holden. L’aspect éclaté de la structure narrative, accompagné d’une esthétique brumeuse, confère à Fedora une atmosphère onirique où les rêves hollywoodiens s’évaporent, bien que se figeant dans l’image et le temps. 

Le flou sur Fedora renforce son aspect énigmatique, l’ambiguïté de sa vie est pour nous une énigme. Pour elle, elle est la cicatrice de tourments, caractérisés par plusieurs jeux de miroir renvoyant directement aux mensonges et maux du milieu qui l’entourent. Ce flou renvoie également à la nature éphémère de la célébrité. Wilder propose une mise en abyme de flash-backs, où le point de départ est la mort et la finalité l’immortalisation du mythe, de Fedora, actrice à la jeunesse éternelle. 

Bien que Wilder est obligé d’aimer Hollywood et d’être nostalgique de ces décennies de cinéma, il adopte un point de vue moderne en n’hésitant pas à critiquer le système hollywoodien basé sur la recherche du glamour : le Star-System. 

La tenue de Fedora rappelle d’ailleurs les femmes fatales du cinéma noir des années 40 et 50. Elles étaient souvent dangereuses et manipulatrices. Wilder, par toutes ses citations, renforce le côté énigmatique de son film en venant créer des attentes chez les spectateurs. Elles ne trouveront pas forcément de finalités, mais par ses twists cohérents et recherchés, il ne fait naître aucune frustration. Le film devient ludique pour ceux qui ont une connaissance du cinéma noir de ces années-là.

Fedora est un film profondément moderne, qui, tout en étant nostalgique d’une époque révolue, détourne les propres codes de son industrie à son avantage.

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