UN CERTAIN CINEMA

[CRITIQUE] Fremont, de Babak JALALI (2023)

Donya, ancienne traductrice pour l’armée afghane, fuit son pays pour la ville de Fremont en Californie.

La force de Fremont réside dans cette manière purement cinématographique d’illustrer le réel. Ne s’imposant pas le naturalisme, Babak Jalali préfère partir d’un scénario très écrit pour ne pas être qu’un simple constat social. Par l’humour, Fremont arrive à toucher l’universel, à s’adresser d’une manière simpliste à un monde aux multiples imperfections, sans jamais le rendre manichéen.

Le rôle principal a été confié à Anaita Wali Zada, ancienne journaliste ayant fuit son pays d’origine, comme le personnage qu’elle interprète. Cette similarité dans le vécu permet à cette actrice non-professionnelle de s’emparer du rôle et d’y véhiculer ses propres émotions personnelles. Les questions existentielles soulevées par ses multiples rencontres, telles que la possibilité de tomber amoureuse alors qu’elle a laissé sa famille en Afghanistan ne viennent pas seulement s’ancrer dans l’histoire de sa vie, mais dans celle de cette ville. 

Donya est froide, marquée par son passé, elle essaye de donner un sens à sa nouvelle vie en Amérique. Elle travaille dans une usine de Fortune Cake en tant que rédactrice de leurs messages. Ses mots bienveillants qui illuminent certains instants de ceux qui les reçoivent, apaisent l’âme de Donya. 

La mise en scène est glaciale, un noir et blanc brumeux se répand dans cette ville, venant représenter le flou émotionnel de Donya, mais aussi celui de tous ces gens qui recherchent le bonheur propres à leurs idéaux. Les plans nous rappellent Jim Jarmusch et Wes Anderson par leur côté pictural et quasi-théâtral, avec une caméra cherchant la proximité, se focalisant régulièrement vers les regards de ses protagonistes. Dans certains plans, Donya brise presque le quatrième mur en venant chercher du regard le spectateur, tel un appel à l’aide. 

Le film s’intéresse aux individus et à leurs mondes intérieurs, chacun ayant leurs propres croyances et leurs propres chemins de vie. De sa voisine, femme triste persécutée par son mari, qui se demande si une mère triste fait des enfants tristes, jusqu’à ce psy, fan de Jack London, qui se révèlera être pour Donya, un véritable catalyseur émotionnel. 

En parallèle de leurs différentes séances, il lui lit Croc Blanc. Un animal qui tient plus du loup que du chien n’ayant pas été accepté par ceux qui ne lui ressemblent pas, les animaux canins, venant créer un parallèle intéressant avec Donya. Elle est une femme, et c’est pour cette raison que les hommes de l’armée afghane ne l’ont pas accepté malgré ses multiples talents.

Toutes les rencontres serviront à Donya, jusqu’au point culminant de sa nouvelle existence, celle avec ce garagiste interprété par Jeremy Allen White. Un être se révélant aussi seul qu’elle. Les deux, en s’échangeant seulement quelques mots et regards, ont su percevoir une possibilité d’entente future. Est-ce le début d’une nouvelle ère pour Donya ?

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