En 1971, on pourrait aisément penser que l’âge d’or du western est derrière nous. Pourtant, ce sont ses codes qui se sont solidifiés, nourrissant l’imaginaire de nouveaux grands cinéastes. Robert Altman fait partie de ceux qui ont su s’approprier cet héritage.
Le réalisateur expose clairement l’idée d’un anti-western. Les quelques minutes suivant l’ouverture, proches d’un classique fordien, tendent à mener l’œuvre vers la même expression sentimentale, il n’en est rien. Si l’histoire avance lentement, au rythme des déambulations des personnages, c’est par l’image, le son et le montage que le film trouve ses nuances et impose ses cassures.
Le film nous présente dès son introduction un anti-héros, un homme glacial, dur, misogyne et raciste. Prendre le risque de refermer le cadre sur un seul personnage principal disposant de traits aussi dissidents, installe d’entrée le spectateur dans une position inconfortable. Pourtant, une distanciation s’opère. La bande originale de Leonard Cohen, avec ses ballades mélancoliques, humanise McCabe et contraste avec ses traits durs. À mesure que l’intrigue progresse, McCabe se révèle plus complexe. Il n’est pas intrinsèquement mauvais ; tout est affaire d’image et de perception.
Alors que John s’allie à Mrs. Constance, prostituée expérimentée, pour ouvrir un bordel, de nombreux actionnaires prennent cette nouvelle concurrence pour affront. Le personnage, d’abord implacable, se heurte alors à ses propres doutes, craintes et vulnérabilités Les faux-semblants s’effondrent, laissant place à la brutalité de la vie. La bande originale de Léonard Cohen se fait de plus en plus rare, tandis que les sons ambients s’amplifient, la terre tremble sous les santiags de John.
Dans une dernière image d’une résonance maintenant éternelle, sous une neige tombante, se fige notre héros, désormais au sommet de son humanité.