Alors que Simple comme Sylvain aurait pu être perçu comme une comédie romantique sociale ordinaire, elle s’avère en fait être une œuvre bien plus singulière qu’elle n’y parait. Invitant les spectateurs à profiter d’un seul regard, celui d’une femme tiraillée entre cœur et raison. L’anti-manichéisme réside dans cette envie d’autopsier les classes, sans en faire des fléaux. Tandis que Sylvain est un prolétaire, Sophia est bourgeoise. Monia Chokri évite la pure critique de classes. Elle se réjouit des clichés, mais creuse les différences pour y déceler de la tendresse. Sylvain a une simplicité innée, son vocabulaire est limité, mais son cœur est empli d’amour
Sophia s’explore, cherche à comprendre son propre chemin, mais sans jamais perdre de vue la beauté de l’expérience humaine. Elle sait que parfois, ce sont nos doutes et nos émotions qui nous conduisent vers les moments les plus précieux de la vie, et elle les accueille avec une ouverture d’esprit sans faille.
Les prolétaires ont des propos racistes et misogynes, mais les bourgeois sont hautains et élitistes. Monia n’est pas dans le jugement, elle critique le régionalisme et les différents milieux économiques, avant de s’attaquer à l’humain. Le respect d’autrui est un sujet primordial.
Magalie Lépine-Blondeau a un talent pour s’emparer de chaque situation et y insuffler son timing du comique, bien que sa réussite soit indissociable du personnage interprété par Pierre-Yves Cardinal, charismatique et charmeur compulsif. Le duo évolue harmonieusement à l’écran, chacun contribuant à la construction de l’autre.
Les différences sociales se manifestent même à travers leur choix vestimentaire : Sylvain arbore des chemises hipster tandis que Sophia possède une vaste garde-robe.
Les scènes d’amour reflètent à elles-seules cette opposition, qui est en réalité pour Sophia et Sylvain la raison de cet amour qui paraît impossible. Sylvain, viriliste né, s’auto-caricaturant lui-même se confronte aux désirs physiques de Sophia. Elle l’aime pour cette raison, mais aussi par curiosité. La découverte d’un nouveau monde par Sophia est un traçant des inégalités sociales existantes.
La photographie est chaleureuse, évoquant l’intime, et utilise la force de ses cadrages pour venir créer des rapports de force entre les différents personnages, venant souvent les cloitrer à huis-clos pour laisser parler mots et instincts. Les zooms donnent un côté très psychanalytique aux situations, notamment aux repas, venant se focaliser sur les individus tels des sujets sociologiques. Monia Chokri se montre attentive aux détails et aux mouvements, tout en apportant une touche d’ironie à chaque situation
La réalisatrice nous offre ainsi une ode à la femme à travers une romcom originale, démontrant que la critique peut être habilement exprimée à travers l’humour, tout en célébrant la puissance de l’amour et de l’authenticité