Après avoir rattrapé les films d’Östlund le mois dernier, je me devais d’aller voir ce dernier au cinéma, parce que j’aime beaucoup le réalisateur, déjà.. Mais aussi parce qu’on m’avait parlé d’une scène polémique, et moi vous savez, j’adore les polémiques.
Divisé en 3 parties, Ruben Östlund, nous livre une oeuvre misanthrope, où toute existence se résume à un corps qui s’adapte à l’entité qui la dirige. Hilarant dans son cynisme qui surpasse parfois la simple caricature, le réalisateur dose les séquences à consonnance humoristique, pour justement créer un décalage avec les scènes plus sérieuses. C’est l’intrusion de ces quelques scènes, dans un ensemble plutôt réaliste, qui créé la surprise, et donc le rire. Sans jamais que ce dernier soit forcé. Malheureusement, la gradation de l’humour se confronte à un abaissement des enjeux narratifs, qui vient casser le rythme d’un dernier acte en dessous des deux premiers. Ce qui fait que, même si le dernier chapitre est plus léger et comique que les deux premiers, cette stagnation des enjeux se ressent, et c’est dommage. Cette dernière n’est pas vide de sens, mais est juste trop longue.
J’ai adoré le duo principal, vraiment des stéréotypes de leur époque. Puis une certaine alchimie s’y dégage. Charlbi Dean (paix à son âme) et Harris Dickinson sont vraiment excellents, livrant des prestations exemplaires. Vraiment triste pour Charlbi Dean, je suis sûr qu’elle aurait pu avoir une belle carrière, car elle a vraiment quelque chose. La mise en scène, même si elle s’adapte à quelques situations, reste très raffinée, tout comme l’étaient celles de The Square et Snow Therapy. Pas grand-chose à dire sur la BO, elle est très sympa, avec un thème principal entraînant. Le film est assez musical, notamment lors de sa deuxième partie, avec beaucoup de musiques intra diégétiques venant renforcer le côté « croisière mouvementé » sur le bateau.
Le film reste en presque totalité délicieux, et le réalisateur crée lors des deux premières parties, deux mondes parallèles, qui rentreront en collision lors de la dernière :
-le monde du couple influenceur
-Le monde des autres. Et dans ceux-là, on retrouve le reste (la bourgeoisie mais pas que…)
Dans sa première partie, le film présente un couple, ayant pour principal sujet de discussion L’argent. Clairement, ils sont dans leur bulle, ne vivant que pour leur bien-être. Au départ on les trouve détestables, mais rapidement se dessine une réelle connexion entre Carl et Yaya, et donc bah.. La réaction première du spectateur sera de penser que ce couple est le coeur du film, il se révèlera n’être qu’un prétexte à frapper encore plus fort sur l’humanité.
La deuxième partie, se rapproche d’une structure scénaristique plus ordinaire en trois actes, où se dessine progressivement le sujet maître du film sur un bateau : les rapports de force. L’équipage du bateau est directement ridiculisé, caricaturé à l’extrême, créant un premier décalage avec le monde des influenceurs et leurs esprits formatés. Dans cette partie, le réalisateur ne tape pas majoritairement sur le couple, le laissant même quasiment au second plan lors de son climax final (le repas). Pourquoi ? Et ben.. Pourquoi taper sur des personnes déjà formatées ? Ces influenceurs sont coincés dans leur propre médiocrité, n’ayant rien à faire du reste du monde. D’ailleurs, quand Carl dit à Yaya de ne pas parler aux membres de l’équipage, c’est juste génial, ça renforce le côté « bulle » rigide et imperçable. Et le climax final de cette partie, qu’en est-il ? PARFAIT, le point culminant du récit, sans doute les meilleurs moments de mon année cinématographique au cinéma.
N’aimant pas particulièrement La Grande Bouffe de Ferreri, j’ai quand même pris mon pied lors de cette scène aux allures de ce film-ci. Ce repas gastronomique, enfin plutôt la « caricature du repas bourgeois », mêlé à la mer agitée, donne naissance à une scène CULTE, son comique lourdingue, vient créer un beau contraste avec la maîtrise formelle d’Östlund. Le dégoût se fait progressivement ressentir, une tension naît, qui elle-même fait naitre le comique. Le bateau qui bascule à gauche.. puis à droite.. puis à g… donne vraiment le mal de mer, surtout que la caméra est ultra immersive, pas stable du tout, coordonnée à la mer déchaînée. À mon avis c’est tourné en studio, les mouvements sont très (trop ?) mécaniques. Puis le contenu des assiettes lors du repas, n’est pas du tout appétissant, tout ce génie de mise en scène, même si non-subtile, amène l’écoeurement. Et donc quand vient ce que nous attendons tous (ou pas).. Tout l’équipage en prend pour son grade, et c’est totalement jouissif, on est content de les voir partir en co******. C’est juste totalement con, mais terriblement bien amené.. faut le dire. Réussir à faire naître de la tension, quand ce qu’il se passe est à ce point grotesque, c’est du CINEMA. Tout est possible avec cet art.
On retrouvera le couple au premier plan lors de la troisième partie de film. Où cette fois-ci, le couple n’est plus épargné. Logique non ? Tout le monde a été ridiculisé sur l’équipage, donc le monde des influenceurs et l’autre forment qu’un. Tous doivent survivre sur cette île déserte. Le bateau a explosé, et donc tous doivent se reconstruire sans autorité suprême.. si ce n’est une personne autoritaire elle-même. Car oui, c’est à ce moment-là que tout est différent pour les personnages. Ils n’ont plus leurs postes attitrés. Les personnages deviennent qui ils sont vraiment, la vraie nature humaine prend le dessus… Il n’y a plus cette société mensongère qui les régie. Les rapports de force sont inversés. Tout le monde est mis à nu, sans filtre. J’aime le sujet de cette dernière partie, après il est vrai qu’elle est un peu longue à se mettre en place. Passez après le climax de la partie 2, c’est difficile. Ici, beaucoup de comique, et pas beaucoup de fond, sauf lors de deux ou trois scènes. Dans les deux premières parties, les situations humoristiques n’étaient pas laissées au hasard, qu’ici, elles servent souvent à rien, même si la plupart des situations sont assez drôles. mention spéciale à la scène de l’âne.
Le film commence avec un couple naissant.. et se termine sur sa fin. Je vois clairement pas les choses autrement malgré qu’elle paraisse « ouverte », on est chez Östlund. L’humain prend cher, pour notre plus grand (dé)plaisir. Magnifique. Ps : le titre c’était un jeu de mot avec TikTok et Titanic, mais bof.