Appréhender et apprécier Twentynine Palms est quelque chose d’assez difficile, car demande une concentration telle, que l’on se doit d’accepter une lenteur qui n’est ni contemplative, ni utile à quoi que ce soit, si ce n’est à servir un propos sous-jacent, qui ne se révèle qu’au bout de deux heures particulièrement longues et arides.
Le film réussit parfaitement à être ce qu’il se doit d’être : un couple en road-trip, qui ne trouve plaisir qu’en entretenant des relations sexuelles régulières. Le propos latent, lui, n’est compris que par celui qui souhaite comprendre. Les acteurs sont magnifiques, entre Katerina Golubeva, femme de Léos Carax, qui arrive, comme lorsqu’elle est dirigée par Sharunas Bartas, à être hypnotique tout en ayant un jeu très naturaliste et improvisé, et David Wissak, qui est le catalyseur du couple, sa fragilité repose sur ses épaules.
Chaque acteur gardent son vrai prénom au sein du film, ou alors ils sont très légèrement contractés pour accentuer l’aspect naturaliste du film.
Twentynine Palms joue de son effet de répétition : la juxtaposition de scènes en voiture qui se ressemblent, sans dialogue prononcé par le couple, sans rien d’autre que le son environnant, et les scènes de sexe crues et bestiales où les corps sont mystifiés, incarnant des rapports de force précis.
Dumont cherche à susciter l’ennui en créant une certaine redondance par la répétition, pour montrer le vide existentiel en chacun des membres du couple, où le sexe brutal est le seul échappatoire, le seul moyen de communiquer tant les mots manquent.
Ce langage d’expression cache une souffrance, l’incarnation pour chacun du rapport dominant/dominé est une manière de cacher leur déshumanisation, qui incarne ce qu’ils pensent être l’amour, mais qui n’est en réalité que le reflet de ce qu’ils pensent de la vie elle-même.
Le road-trip incarne ce besoin d’évasion, mais quelque chose semble les dépasser, une entité plus grande qu’ils ne peuvent pas maîtriser. Serait-ce l’immensité désertique ?
Quelque chose semble les observer, mais parce que le silence est un élément de cinéma qui amène le suffoquement lorsqu’il est pousser à son paroxysme. Le silence n’est jamais serein, il est toujours imprévisible et sournois. Et Dumont joue de cet effet là, il retarde le plus longtemps possible le drame qui se prépare. A la manière de Wolf Creek mais en encore plus extrême, l’attente n’est plus ennui, mais une bombe à retardement minutieusement préparée par quelques micro-scènes qui mettent la puce à l’oreille, l’horrible surviendra, mais quand ?
Lorsque cela arrive, c’est la fin. L’altercation avec les autochtones est d’une violence extrême, David se fait violer par l’un de ceux-là, sous le regard de sa femme. Lui qui était le dominant dans le couple, se retrouve souiller, la honte l’envahit. David perd dans cette scène tout ce qu’il considérait comme sa masculinité, le dominant est dominé. Il ne peut plus voir sa femme, elle qui la vue se faire violer, et certainement pas de cette manière. Bien que ce qu’il a vécu est horrible, c’est sa définition de la virilité, et donc de ce qui le faisait vivre malgré son vide existentiel qui est sali. Il ne se sent plus homme.
Le côté anti-spectaculaire du film, proche de la vie, renforce la brutalité de la violence, et vient bousculer les codes initiées plus tôt dans le récit.
Le film marque, l’émotion n’a rien d’artificiel, elle se crée tellement simplement : par le jeu des acteurs, par le silence et son incarnation : le vaste étendu désertique ; et l’attente, interminable et suffoquante, qui lorsqu’elle n’est plus, foudroie le spectateur par sa violence jusqu’au-boutiste, à la limite du supportable.
Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure expérience sur Un Certain Cinéma. Si vous continuez à utiliser ce site, nous supposerons que vous en êtes satisfait.