UN CERTAIN CINEMA

[CRITIQUE] Yurt, de Nehir Tuna (2024)

En 1996, Ahmet, 14 ans, est contraint d’intégrer un pensionnat religieux nommé Yurt, où il subit une forte pression pour embrasser les croyances imposées. Il découvre dans une amitié une échappatoire à ce système coercitif.

À l’apogée de l’expression cinématographique turque, portée par les chefs-d’œuvre successifs de Nuri Bilge Ceylan, Yurt s’impose comme une nouvelle pierre angulaire du cinéma de ce pays. Le film illustre brillamment la quête d’un jeune garçon cherchant à s’émanciper de différentes autorités : parentales et sociétales. 

C’est à travers ces luttes qu’apparaitront ses vérités de vie. Pour se trouver, il doit se perdre, car c’est l’absence de raisonnements préconçus qui lui feront apparaître ses réelles instincts primaires. La recherche de liberté n’appelle pas simplement la perte, mais aussi l’équilibre : Hakan, un autre pensionnaire. 

L’embrigadement de la jeunesse, c’est l’absence de construction personnelle. La promesse d’une vie terne est mise en valeur par un noir et blanc austère, semblant condamner tout espoir de liberté ; seule la couleur pourrait briser ce dispositif ultra-éloquent. 

La mise en scène est très épurée, rappelant par instant celle du Ruban Blanc d’Haneke, à la différence près de sa non-omniscience. Le réalisateur reste avec Ahmet, représentant même à l’écran certaines de ses pensées fantasmées, venant briser la proximité avec le réel instaurée lors d’une grande partie du film. 

L’alternance entre différents registres, tant dans ses variations de ton que dans ses options esthétiques, dynamise une œuvre qui, derrière son apparence de faux-documentaire, se révèle être un vibrant plaidoyer en faveur de la jeunesse.

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