UN CERTAIN CINEMA

[CRITIQUE] Si j'avais quatre dromadaires, de Chris Marker (1966)

À l’instar de La Jetée sorti quatre ans auparavant, Marker revisite ce qu’il savait faire de mieux à cette époque, la simple combinaison du son et de l’image, sans artifices ajouté. Pourtant, ici, il ne s’agit pas de fiction, mais d’une démarche voire même d’une incursion dans le documentaire. 

Le film se présente comme un diaporama d’images amateurs provenant des quatre coins du globe, agrémenté de commentaires, de discussions, de politiques et d’expérimentations musicales psychédéliques. Cette approche nous offre une expérience cinématographique singulière. Le film abandonne toute trame narrative conventionnelle, à l’exception de l’ordre des images et de l’errance créative de l’auteur au sein de celles-ci. Ainsi, il incarne la forme la plus pure d’un raisonnement philosophique.

Jusqu’à présent, je connaissais le concept de journal filmé, mais l’idée d’un album filmé se révèle être, en termes de réel et d’authenticité, l’approche la plus fidèle du journal filmé, lui-même se rapprochant du réel. Ces photographies prennent vie collectivement dans l’esprit du spectateur, émergeant dans le domaine du réel grâce aux commentaires qui leur apportent contexte, ou parfois, qui les dépouillent, tout en associant une dimension politique, philosophique, voire une perspective propre au narrateur, permettant au spectateur de s’approprier ces images. 

Ces photographies ne trouvent une signification véritable qu’à travers les commentaires qui les accompagnent. Dans cette optique, ce diaporama d’images amateurs, que l’on pourrait qualifier de chef-d’œuvre sans exagération, transporte le spectateur non seulement à travers les paysages du monde, mais également dans les méandres de la pensée des narrateurs. 

« La photo c’est la chasse, c’est l’instinct de la chasse sans avoir envie de tuer, on traque on vise on tire, au lieu d’un mort on fait l’éternel. Et voilà encore quelque chose, un sculpteur a éternisé un certain visage avec un certain regard, et toi à ton tour avec la photo, tu éternises ton propre regard sur ce regard Et moi je regarde la photo qui regarde. Nous somme une certaine espèce d’art inférieure, l’art de regarder l’art. L’art mes frères n’est pas inférieur au supérieur, il est l’art. » 

Cette citation qui introduit le film résume de manière concise le propos de ce dernier, qui explore l’essence de la photographie en tant qu’art et en tant que moyen de capturer le regard sur le monde qui nous entoure.

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