Nathalie Granger suit la journée d’une femme, Isabelle, et de son amie qui attendent le retour de leurs filles parties à l’école. La fille d’Isabelle, Nathalie Granger, aurait un comportement violent, et l’école recommande la pension pour elle.
Marguerite Duras utilise pour thématique le quotidien d’une journée, lui permettant, comme à son habitude, de pousser loin ses ambitions de mise en scène. Le métrage se déroule d’un point de vue intensément humain et du côté des gens ordinaires, que ce soit les violences de l’enfant ou à la radio avec le bruit d’un meurtre dans la ville, les personnages sont toujours en dehors de l’action. Celle-ci est toujours extérieure à eux afin d’accentuer le sentiment de banalité qui entoure les êtres. En effet, comme la plupart des gens, elles ne perçoivent les nouvelles infos que par le biais des médias. Dans ce choix de ne privilégier que les temps morts de nos vies, Duras se débarrasse de tout artifice. Elle nous place toujours du côté de ce que l’on ne voit pas, en dehors du terrain, renforçant le sentiment de réalité à l’écran. Pour s’armer esthétiquement de ce sentiment, Duras tient énormément à la profondeur de champs. Comme disait Welles : « Dans la réalité, on voit net sur la totalité de notre champ de vision, alors, pourquoi pas au cinéma ? », et bon nombre de plans de Nathalie Granger contiennent des profondeurs : que ce soit les longs couloirs à l’intérieur du domicile, la fenêtre qui donne jusqu’au fond du jardin, les portes toujours ouvertes permettant de voir dans la pièce voisine ou bien la vue depuis le jardin du dedans de la maison. Par ce regard faisant écho à notre champ de vision et nos perceptions réels, l’impression d’être face au vrai s’accentue.
Des temps morts qui constituent l’intégralité du métrage amènent à des évènements qui n’arrivent pas. Par exemple ; lorsqu’Isabelle veut se mettre à jouer du piano, elle abandonne ; lorsqu’une livraison doit être amenée, l’adresse n’est pas la bonne ; ou encore quand un voyageur de commerces apparait, sa profession est remise en doute et ce qu’il essaye de vendre appartient déjà à Isabelle, rendant la transaction ou la vente impossible. Leur journée se résume donc, à peu près, à tourner en rond et à fumer une cigarette ou deux. Ce ressenti de monotonie, de répétition et de surplace est caractérisé notamment par le tour en barque circulaire ou une impression d’effet Koulechov lorsqu’Isabelle sort dans le jardin, les mêmes actions se répètent.
Le quotidien est donc la place primordiale qu’accorde Duras à son œuvre, à l’image de cette scène de vaisselle montrée en intégralité, avant Akerman. On pense également au moment où les enfants sont de retour, et commencent leur cours de piano, les moments musicaux débarquent lorsque le quotidien le permet. Les erreurs ou les explications du prof sont là afin d’empêcher une séquence purement lyrique.
Enfin les nombreux plans qui forment un reflet des arbres et de la demeure font penser au rôle de Duras elle-même, une esthète de la vie.